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31 juillet 2026

Comment écrire ses mémoires

Vous n’avez pas besoin de savoir écrire pour raconter votre vie. Vous avez besoin d’une méthode qui commence ailleurs que devant une page blanche.

Comment écrire ses mémoires

Beaucoup de gens décident un jour d’écrire leurs mémoires. Très peu dépassent la première page. Ce n’est presque jamais une question de talent, et ce n’est pas non plus un manque de souvenirs. C’est que la méthode habituelle, s’asseoir devant une page blanche et commencer par « Je suis né en... », est à peu près la plus difficile qu’on puisse choisir.

Voici une façon de faire qui demande moins de volonté, et qui produit davantage.

Ne commencez pas par le commencement

La chronologie est un piège. Si vous démarrez à votre naissance, vous allez passer les premières séances sur la période dont vous vous souvenez le moins, celle que vous connaissez par les récits des autres. Beaucoup abandonnent là, avec l’impression que leur mémoire est défaillante.

Commencez plutôt par une scène que vous voyez encore. Une cuisine, une voiture, un quai de gare, un après-midi précis. Peu importe où elle se situe dans votre vie. L’ordre se remettra en place plus tard, et c’est un travail de rangement, pas un travail de mémoire.

Parlez d’abord, écrivez ensuite

C’est le conseil le plus utile de cette page. Raconter à voix haute est infiniment plus facile qu’écrire. Quand vous parlez, vous ne vous relisez pas, vous ne corrigez pas, vous ne vous demandez pas si la phrase est belle. Vous racontez, comme vous le feriez à quelqu’un en face de vous.

Prenez le dictaphone de votre téléphone et parlez pendant dix minutes. Vous obtiendrez plus de matière en dix minutes de parole qu’en deux heures devant un écran. La transcription se fait ensuite, et c’est du travail mécanique, pas de la création.

La page blanche ne résiste pas à quelqu’un qui parle. Elle résiste à quelqu’un qui essaie d’écrire bien.

Une bonne question vaut mieux qu’un plan

Un plan vous demande de savoir d’avance ce que contient votre vie. Une question vous rend un souvenir que vous aviez oublié. C’est pour cela que les biographes travaillent en posant des questions, et non en distribuant des formulaires.

Choisissez une question, une seule, et répondez-y à voix haute sans préparation :

  • Où votre famille vivait-elle quand vous étiez enfant, et à quoi ressemblait la maison ?
  • Quelle est la première odeur dont vous vous souvenez ?
  • Quel plat quelqu’un de votre famille cuisinait-il, et qui le faisait ?
  • Qui vous a appris quelque chose que vous aimez encore faire aujourd’hui ?
  • À quoi ressemblait votre première journée de travail ?
  • Quel objet avez-vous gardé sans jamais vraiment savoir pourquoi ?
  • Quelle décision avez-vous prise dont vous ne mesuriez pas l’importance à ce moment-là ?
  • Qu’est-ce que vos enfants ou vos proches ignorent encore de vous ?

Une question par séance suffit. Si elle en appelle une autre, suivez-la. Les meilleurs chapitres naissent presque toujours d’une digression.

Écrivez une scène, pas un résumé

« J’ai eu une enfance heureuse » n’est pas un souvenir, c’est une conclusion. Personne ne peut la lire et voir quoi que ce soit. En revanche, « ma mère laissait toujours la radio allumée dans la cuisine, même quand elle n’écoutait pas » est un souvenir : on est dans la pièce.

Quand vous vous surprenez à résumer, arrêtez-vous et demandez-vous : quelle scène précise me fait dire cela ? Racontez la scène. Le lecteur en tirera la conclusion tout seul, et elle aura beaucoup plus de force.

Ne corrigez pas votre voix

La tentation, une fois le texte transcrit, est de le rendre plus littéraire. C’est presque toujours une perte. Ce qui donne sa valeur à des mémoires, ce n’est pas le style, c’est la voix : vos tournures, vos expressions, votre façon à vous de dire les choses. Vos petits-enfants ne reliront pas ces pages pour la qualité des métaphores. Ils les reliront pour vous entendre.

Corrigez les fautes, coupez les répétitions, remettez les événements dans l’ordre. Ne remplacez pas vos mots par ceux d’un autre.

Et n’inventez rien pour boucher un trou. Si vous ne vous rappelez plus l’année, écrivez que vous ne vous en souvenez plus. Un détail inventé, même minuscule, jette un doute sur tout le reste, y compris sur ce qui est vrai.

Un chapitre à la fois, pas un livre

Personne n’écrit ses mémoires. On écrit un souvenir, puis un autre. Le livre est ce qu’il reste quand on a fait cela une trentaine de fois.

Visez des séances de quinze à vingt minutes, une par semaine si c’est votre rythme. C’est court, et c’est justement pour cela que vous recommencerez. Une séance de trois heures, on ne la refait jamais.

Que faire une fois que c’est écrit

Gardez tout au même endroit, sauvegardé ailleurs que sur un seul appareil. Beaucoup d’histoires de famille ont disparu avec un ordinateur en panne ou un carton oublié dans un grenier.

Ensuite, faites-en quelque chose de physique. Un fichier se perd, un livre se transmet. Même en quelques exemplaires, pour vos enfants, un texte imprimé et relié a une durée de vie sans commune mesure avec un document numérique.

Si vous préférez parler plutôt qu’écrire

C’est exactement pour cette raison que nous avons construit Memoira. Vous répondez à voix haute aux questions d’une biographe, Guida, pendant une quinzaine de minutes, et la conversation devient un chapitre écrit à partir de vos propres mots. Vous corrigez ce que vous voulez, vous décidez qui peut le lire, et vous n’êtes jamais seul devant une page blanche.

Mais la méthode compte plus que l’outil. Que vous utilisiez un dictaphone, un carnet ou Memoira, commencez par une question, parlez avant d’écrire, et gardez votre voix. Le reste suivra.

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