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Historia
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Les hommes qui passaient la nuit

29 de junio de 2026·330 palabras
Une cuisine de ferme à la lampe, la nuit. Illustration.

Les années de guerre vues par un enfant de la Bresse: les voix basses, l'assiette en plus, et le maquis dont on ne parlait pas.

J'étais petit pendant la guerre, mais on n'oublie pas ces choses-là. Dans l'Ain, il y avait le maquis, dans les bois et sur les plateaux. On ne disait pas le mot devant les enfants, mais on le sentait partout. Certaines nuits, des hommes passaient. Ils frappaient deux coups, puis un, à la porte de la cuisine. Mon père ouvrait sans allumer. Ma mère mettait une assiette de plus sur la table, une soupe, du pain, parfois un bout de lard qu'on gardait pour ça. Les hommes mangeaient vite, sans enlever leurs vestes, et ils repartaient avant le jour. Le matin, l'assiette était lavée et rangée, et personne ne posait de questions. J'avais compris très tôt qu'il y a des choses qu'on fait sans en parler. Une fois, des soldats allemands sont venus à la ferme en plein jour, pour les bêtes. Mon père est resté calme, les mains posées bien à plat sur la table, et il a répondu lentement, comme s'il avait tout son temps. Je me souviens d'avoir tenu la jupe de ma mère si fort qu'elle a dû me la faire lâcher après. Ils ont pris un cochon et ils sont partis. Mon père n'a rien dit ce soir-là, mais il a posé sa main sur ma tête, et ça valait tous les mots. Quand la Libération est arrivée, j'ai vu des hommes pleurer pour la première fois. Des hommes durs, des paysans, qui ne pleuraient jamais. Il y a eu des drapeaux à Bourg, des chansons, du vin sorti des caves où on l'avait caché. Je ne comprenais pas tout, mais je comprenais que quelque chose de lourd venait de tomber des épaules de tout le monde. On m'a demandé, aux ateliers, de raconter cette époque. C'est curieux, les dates m'échappent parfois maintenant, mais ces nuits-là, les deux coups puis un, l'assiette en plus, ça je le retrouve sans effort. Il paraît que c'est normal, que ce qui a fait battre le coeur s'accroche plus fort.

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