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L'atelier

29 de junio de 2026·303 palabras
L'établi et les outils d'un menuisier. Photo: Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Devenir menuisier, l'odeur du copeau, et des mains qui se souviennent encore des gestes quand la tête hésite.

Je n'étais pas fait pour rester à la ferme, et mon père l'avait compris avant moi. À quatorze ans, je suis entré en apprentissage chez un menuisier du bourg, monsieur Berthet. Le premier jour, il m'a donné un balai et il m'a dit que je toucherais le bois quand je saurais tenir un atelier propre. J'ai balayé pendant des semaines. J'ai compris plus tard que c'était une leçon, pas une punition. Le bois, c'est devenu ma vie. J'aimais tout, l'odeur du copeau frais, le bruit du rabot qui prend bien, le moment où une planche brute commence à montrer son grain sous l'outil. Un meuble bien fait, ça se sent au toucher avant de se voir. Monsieur Berthet passait la main sur mon travail les yeux fermés, et il savait tout de suite si j'avais bâclé un assemblage. J'ai fait ce métier quarante ans. Des fenêtres, des escaliers, des armoires de mariage, des cercueils aussi quand il le fallait, parce que dans un village le menuisier fait tout. Les gens venaient avec une idée et repartaient avec un objet qui leur survivrait. Ça me plaisait, cette idée de laisser derrière soi des choses solides. Ce qui est étrange, et ma fille me dit que ça intéresse les gens des ateliers, c'est que mes mains se souviennent encore. Il y a des matins où je cherche le nom d'un voisin que je connais depuis cinquante ans. Mais qu'on me mette un ciseau à bois dans la main, et les gestes reviennent tout seuls, dans le bon ordre, sans que j'y pense. Mon petit-fils m'a apporté une chaise bancale le mois dernier. Je l'ai réparée. Je n'aurais pas su vous dire comment, mais je l'ai fait. C'est ça qui me rassure, au fond. Une partie de moi est dans mes mains, et celle-là n'oublie pas.

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