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Infancia
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L'enfance à la ferme

29 de junio de 2026·324 palabras
Une ferme de la Bresse et ses poules. Illustration.

La ferme de la Bresse, l'odeur du foin et du pain, et un grand-père qui parlait peu mais montrait tout.

Je suis né dans une ferme de la Bresse, là où les champs sont bas et où le ciel prend toute la place. La maison était longue, en pisé, avec une cheminée si large qu'on aurait pu s'asseoir dedans. L'hiver, c'est là qu'on vivait, tous serrés autour du feu, et l'été on vivait dehors, du lever au coucher. Mon père comptait plus sur le ciel que sur l'almanach. Il regardait l'horizon le matin et il savait s'il fallait faire les foins ou attendre. On avait des vaches, quelques cochons, et les poules de Bresse que ma mère soignait comme des princesses, parce que c'était elles qui rapportaient l'argent du marché. Je revois encore ma mère leur parler en patois en leur jetant le grain. Ce que je garde le plus, c'est les odeurs. Le foin coupé qui sèche, ça sent le sucre et la poussière en même temps. Le pain que ma grand-mère faisait une fois par semaine dans le four à bois, et qu'on n'avait pas le droit de toucher avant qu'il ait refroidi, ce qui était une vraie torture. Le lait tiède le matin, l'étable l'hiver, la soupe qui chauffait toute la journée au coin du feu. Quand je ferme les yeux, ces odeurs reviennent avant les images. Mon grand-père parlait peu. Il me prenait avec lui aux champs et il me montrait, sans expliquer. Comment tenir une faux pour ne pas se fatiguer le dos, comment reconnaître une terre bonne d'une terre fatiguée rien qu'à la couleur. Il disait qu'un homme qui sait travailler de ses mains ne sera jamais tout à fait perdu. J'ai pensé à cette phrase toute ma vie, et j'y pense encore, surtout maintenant. On n'était pas riches, mais je ne me suis jamais senti pauvre. Il y avait toujours à manger, il y avait le travail, et il y avait les dimanches où ma mère mettait la nappe propre. Pour un enfant, c'était un monde entier.

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