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Família
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La maison

29 juin 2026·286 palavras
La maison et son jardin potager. Illustration.

Construire une maison de ses propres mains, élever trois enfants, et un jardin qui a nourri tout le monde.

La maison, on l'a construite nous-mêmes, ou presque. J'avais le métier, j'avais des amis qui avaient d'autres métiers, le maçon, l'électricien, et on s'entraidait le soir et le dimanche. Ça a pris trois ans. Denise apportait le casse-croûte sur le chantier, et le jour où on a posé le toit, on a accroché un petit bouquet en haut de la charpente, comme le veut la tradition, et on a bu un coup tous ensemble. On y a élevé trois enfants. Sylvie, l'aînée, qui tient ce livre aujourd'hui. Puis Gérard, puis le petit Daniel. La maison n'était jamais silencieuse. Il y avait les devoirs sur la table de la cuisine, les genoux écorchés, les disputes pour la salle de bain, et le dimanche le poulet de Bresse que Denise faisait rôtir avec une crème et des morilles, une recette de sa mère. J'avais un jardin derrière. C'était mon domaine. Des tomates, des haricots, des poireaux pour l'hiver, et un coin de fraises que les enfants pillaient avant qu'elles soient mûres. Je passais mes soirées d'été là, à biner, à arroser, pendant que la maison s'allumait fenêtre après fenêtre. Je crois que ce sont mes heures les plus heureuses, ces soirs-là, dans l'odeur de la terre mouillée, avec les voix des enfants qui venaient par la fenêtre ouverte. On n'a pas eu une vie facile, mais on a eu une vie pleine. On n'est jamais partis loin, une fois la mer en Vendée, une fois la montagne. On n'en avait pas besoin. Tout ce qui comptait tenait dans ces murs qu'on avait montés nous-mêmes. Aujourd'hui c'est Gérard qui habite la maison. Quand j'y retourne, je reconnais chaque poignée de porte, parce que c'est moi qui les ai posées.

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